Focus : le hip-hop cosmique de FREEZ

Strasbourg, novembre 2018. Avec la sortie de leur premier EP, Frame, FREEZ ne cesse de faire parler de lui. Un groupe made in Alsace qui bouleverse totalement la scène rap et hip-hop. La raison ? Une musique qui mêle les genres et les mélodies, à la croisée entre le jazz et le hip-hop : bienvenue dans l’univers unique de ce collectif strasbourgeois prônant un hip-hop cosmique.
Photo FREEZ ©Bartosh Salmanski – 128 DB

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FREEZ, c’est la rencontre entre le 67 et NYC. À son origine, Eli Finberg, rappeur américain fraîchement débarqué à Strasbourg, accompagné des deux musiciens Arthur Vonfelt et Octave Moritz. Et ces trois là ont su faire les choses bien, pour évoluer à leur rythme. Niveau local, le groupe grandit à l’échelle Strasbourgeoise et se développe au sein de la pépinière Django. Niveau national, FREEZ enchaîne les tremplins, les sélections mais surtout les récompenses : finalistes du prix Ricard S.A Live 2017, lauréat du Fair 2018, finalistes du prix Chorus. Clap-clap-clap.

Session live filmée dans le cadre de la finale du Prix Ricard SA Live Music 2017

 Un trio qui prend un nouveau tournant début 2018, se transformant ainsi en quartet avec l’arrivée d’une nouvelle recrue et de nouvelles possibilités musicales : Quentin Rochas accompagné de son clavier. Le collectif a aujourd’hui le vent en poupe et révolutionne le hip-hop, le revisitant à la sauce contemporaine, influencé de part et d’autre par Sun Ra, Last Poets ou encore Antipop Consortium. Métissage improbable, certes, mais un métissage qui fonctionne. La preuve en est avec leur premier EP, Frame. Découverte.

Frame : l’avis de la rédac’

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Frame, 1er EP sorti le 02 novembre 2018

Ce nouvel opus de sept titres semble, à la première écoute, totalement différent, plus sombre, plus puissant que ce que j’ai pu entendre précédemment. Le premier son Meant to be ouvre la danse et pose d’emblée une atmosphère lourde, mais néanmoins mystérieuse, ce qui donne envie de découvrir la suite. Les morceaux s’enchaînent et oscillent entre mélodies acoustiques, samples sombres et écriture allégorique.

Dans cet opus, le groupe s’est entouré de trois différents artistes pour proposer des featuring puissants. Le titre Flamin’Goes (dont le clip est sorti sur la toile quelques jours avant la révélation de Frame) s’accompagne du spoken word du rappeur américain Mike Ladd, connu généralement pour ses textes poétiques. Le flow et les voix graves des deux rappeurs montent en intensité plus la musique avance, accompagnés par la trompette criarde d’Octave Moritz. Un morceau dont la rythmique est intéressante et qui reste bien en tête.

FREEZ – Flamin’Geos feat. Mike Ladd

Deuxième featuring d’un autre genre, Look around, en compagnie de la chanteuse Emily Loizeau. La mélodie de ce son là envoûte totalement mes oreilles. Les basses sont très lourdes, mais le clavier apporte lui comme une touche de magie cristalline. Alors que la voix de la chanteuse est féérique, celle d’Eli reste elle, suave, sombre, et aussi surprenant que cela puisse paraître, ces deux univers s’associent à merveille ! S’enchaine ensuite le troisième featuring, déjà connu de mes oreilles puisqu’il s’agit du single Same déjà sorti en 2017. Un son bien américain, accompagné par Illspokinn, rappeur rencontré aux États-Unis lors d’une scène ouverte.

Changement d’ambiance et retour en solo avec le morceau Our own. Tranquillité, le flow d’Eli est plus doux que sur les autres sons et l’instrumentale semble occuper plus de place. À la fin du morceau, les instruments s’entremêlent et le groupe offre un véritable feu d’artifice musical. Je remarque notamment la prédominance de la trompette qui ravit totalement mes oreilles. Le morceau suivant est comme son nom l’indique Cosmic. Une voix plus grave que jamais, la plus suave de tout l’EP d’ailleurs. La rythmique de ce morceau monte et descend : une douceur hypnotique sur les couplets et une explosion d’étoiles sur le refrain : « cosmic, atomic, electric, electronic, bionic ». Le dernier morceau, Oswald est quant à lui, totalement électrique. Sur ce son, Eli déchaine toute sa rage et sa haine à travers un vocabulaire sans filtre, peu correct. Le refrain est bruyant, explosif et le groupe semble être en union totale. Un morceau dénonciateur qui se décroche totalement du reste de l’EP. Ce n’est qu’à la fin du son que je comprends alors qu’il est adressé à Trump. Surprenant.

Dans l’ensemble, j’ai totalement été séduite par ce premier EP qui m’a fait traverser différentes émotions et états d’esprits. Les mélodies jazzy et le flow hip-hop s’associent à merveille et cet opus se démarque largement grâce à cette griffe unique et surprenante. Une chose est sûre, ce n’est qu’un grand début pour le groupe.

Live Report – Release party

Jeudi 8 novembre, Laiterie Strasbourg

Un premier EP que j’ai pu découvrir en live il y a quelques jours, sur la scène du club de La Laiterie Strasbourg. Autant dire que la prestation scénique est allée au delà de mes attentes : une ambiance intimiste, un public ultra réceptif (qui a bien été mis dans l’ambiance grâce au show du crew M.A BEAT ! en première partie) une scénographie hypnotique et surtout un groupe qui rayonne par son originalité. Les titres s’enchaînent et une seule chose me vient alors à l’esprit : FREEZ n’est pas comme tout ces groupes de rap qui rayonnent uniquement par la prestance de son leader. FREEZ est un tout, un groupe ouvert qui s’envole au delà des frontières du hip-hop. Chaque musicien a sa place sur scène et apporte une touche spéciale au tableau final. Le batteur Arthur Vonfelt impose le tempo d’une puissance affolante. Quentin Rochas, nouvelle recrue issue du rock pose les bases atomiques à travers son clavier. Octave Moritz impressionne par la magie des notes sortant de sa trompette supersonique. Eli Finberg, aka Mr. E dépose sa voix grave et son flow sur l’instru, en communion avec son public, il semble totalement possédé par ses textes, comme un lion sorti de sa cage (surtout lorsqu’il s’agit de pointer du doigt le président de son pays d’origine). Avec ce tout, l’album prend vie sur scène et le public en redemande. Le show se termine sur une reprise de l’iconique Eminem et son titre Without Me. Merci FREEZ !

Texte : Mariane Erard

Mariane Erard
mariane.erard@gmail.com
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