Interview : rencontre avec Worakls et son univers Orchestra

Après 10 ans d'attente, l'artiste Worakls nous livre son tout premier album solo intitulé ``Orchestra``. À travers ce nouveau projet, le co-fondateur du label Hungry Music laisse exprimer pleinement ses influences des musiques de films à travers sa musique électronique. Un nouvel album et un nouveau live qui s'articulent autour de l'artiste et d'un orchestre composé de 20 musiciens. Intrigués par ce projet surprenant, nous sommes partis à la rencontre de Worakls qui nous parle un peu plus de sa musique.

Commençons par la traditionnelle question pour ceux qui ne te connaissent pas : peux-tu te présenter en quelques mots ? 

Je suis Kevin Rodrigues, compositeur de musique sous le pseudo « Worakls »

Plusieurs EPs, un chouette label, des années de musique, de travail et de patience pour ton public. Dix ans plus tard, tu sors ton premier album (pour notre plus grand plaisir). Pourquoi avoir attendu autant d’années pour sortir ton premier opus ? 

Merci beaucoup ! Ça faisait un moment que je voulais le faire mais j’ai toujours été rattrapé par des projets qui me paraissaient plus urgents.  Dans la musique électronique  les EPs suffisent généralement à faire tourner les artistes, cela m’a conforté dans l’idée que je n’avais pas à trop me dépêcher non plus. Mais il y a deux ans c’est devenu ma priorité absolue parce que je trouvais que c’était quelque chose qui commençait à quand même me manquer dans ma carrière.

La rencontre entre musique électronique et orchestrale est bien évidemment surprenante, et au final en mélangeant ces deux mondes, tu t’es vraiment créé un univers qui t’es propre. Mais d’où te vient cette idée d’allier le classique et électronique ? Penses-tu avoir trouvé de l’inspiration chez d’autres artistes ?

C’est venu très naturellement, étant un passionné de musiques de films. Je n’écoute presque que ça depuis des années et donc forcément j’ai voulu donner cette direction à mon projet. J’ai forcément été influencé d’une façon ou d’une autre comme on l’est tous en ce qui concerne toutes les décisions qu’on prend dans la vie j’imagine. En allant voir des concerts comme celui d’Hans Zimmer. Mais en ce qui concerne le mélange électronique et orchestral, au contraire je pense que la démarche que j’ai est très différente de ce qui a été fait jusqu’à présent pour réaliser ce genre de mélanges. Pas qu’il y ait une formule meilleure qu’une autre, mais simplement que l’approche n’est pas la même. La plupart du temps, les artistes électro qui ont fait des projets comme celui-ci ont réadapté des morceaux électroniques, ils les ont convertis, pour qu’ils puissent être joués par un orchestre. En ce qui me concerne je pense ma musique directement pour ces instruments, elle n’est jamais convertie, si je la joue en solo, les pistes orchestrales seront quand même là, jouées par l’ordinateur. Comme c’est un style qui est assez différent on parle de mélange électro et orchestral mais pour être tout à fait honnête pour moi rien n’a changé, c’est juste de la musique, mais au lieu d’utiliser un synthé j’utilise une section de cordes. Mais certaines fois j’utilise quand même un synthé …

On est assez curieux sur la manière dont tu as travaillé pour composer et surtout harmoniser tes morceaux en compagnie de cet orchestre. Peux-tu nous expliquer comment s’articulent la composition et l’enregistrement d’un tel projet en studio ? 

C’est très simple en fait, je trouve généralement les lignes principales sur mon piano, je les écris sur l’ordinateur, je fais avancer le morceau, je le construis. En parallèle je fais l’orchestration, que je réadapte tout le temps en fonction de la direction du morceau. Enfin je fais ré enregistrer par l’orchestre ou seulement par quelques musiciens ce dont j’ai besoin pour que le morceau sonne comme ce que je voudrais qu’il sonne. Pendant cette étape il est possible d’avoir encore des réajustements liés aux possibilités et contraintes de chaque instrument. Je me laisse quelques jours pour avoir un peu de recul, et je prends la décision de le sortir ou pas.

Comment te sens-tu sur scène, lorsque tu es à côté d’une multitude de musiciens et surtout d’instruments d’une certaine puissance sonore ? Peux-tu mettre en avant les différences de ressentis quand tu es seul sur la scène VS avec tout un orchestre ?

Il y a une différence fondamentale que je ressens sur scène quand je joue avec les musiciens, j’ai moins de contrôle sur la musique jouée. Je ne peux plus interagir dans la construction des morceaux parce qu’une partition est une partition et qu’on ne peut pas changer un morceau en live sans répétition, contrairement à ce que je fais quand je suis seul sur scène.

En ce qui concerne l’aspect « présence scénique » je trouve que ça apporte un énorme plus, le fait de pouvoir échanger avec eux, de jouer ensemble. J’aime quand ils s’approprient aussi la scène, qu’ils participent au fait de créer un show véritablement. Même si je suis le compositeur, l’espace d’un concert c’est nous tous Worakls.

En termes de création musicale, t’est-il arrivé de te sentir bloqué par ces deux mondes qu’on peut avoir tendance à opposer ou au contraire, le fait de travailler au côté d’un orchestre augmente le champ des possibles et le potentiel de créativité ?

Je ne mets pas vraiment de limite du côté électronique parce que mon projet et donc mon public vient initialement de cet univers. Par contre il m’est souvent arrivé de me réfréner au niveau de l’orchestration ou dans l’utilisation des instruments classiques oui, pour plusieurs raisons. Notamment pour ne pas perdre l’efficacité, l’impact, ou me retrouver dans une situation de changement radical de style qui pourrait éventuellement perturber mon auditoire. Je trouve que ça ouvre donc le champ des possibles, ça ne me bloque pas, je suis juste attentif à mon curseur, savoir où je le place entre les différents mélanges.

Amateur de violon, de piano et parfois de guitare dans tes morceaux, à choisir, si tu n’étais pas tombé dans les filets de la musique électronique, serais-tu plutôt devenu un chef d’orchestre charismatique ou une rock star qui soulève les foules ? 

Très certainement ni l’un ni l’autre… Je n’ai jamais fini le parcours classique du conservatoire et par conséquent je suis loin d’avoir les compétences pour pouvoir être chef d’orchestre. Le fait de diriger des répétitions sur ma musique est une chose, mais sublimer un orchestre sur une œuvre classique en est une toute autre. Dans les formations de rock j’aurais peut-être pu être pianiste oui comme j’ai pu le faire pendant l’adolescence mais je pense que ce qui me plait le plus dans ce que je fais, même si j’adore la scène, c’est d’écrire, de composer.

On connaît bien évidemment ton attrait pour le cinéma et l’influence que cela peut avoir sur tes morceaux. C’est quoi le film dont tu aurais rêvé faire la bande originale ? 

Il y en a tellement… Mais honnêtement je ne pense pas jalouser ce que j’admire. Des Bo comme celles de John Williams, Hans Zimmer, Ennio Moriconne etc …. Bien-sur que j’aurai aimé pouvoir dire : «  oui c’est moi qui ai composé la musique de la saga Star Wars » ahah… t’imagines ? Mais à la fois je ne vois pas vraiment les choses comme ça, ce serait un constat d’échec. J’espère qu’un jour à force de travail et d’expérience j’aurai la chance d’écrire quelque chose qui me rendra aussi fier.

Le cinéma, bien évidemment, et les dessins animés alors (pas de honte dans l’équipe on est tous ultra fan des aristochats) ?

Écrire une BO pour un Disney ou Pixar ce serait évidemment un rêve. Un exercice qui doit être très compliqué mais à la fois tellement intéressant et enrichissant !

D’ailleurs, as-tu déjà produit des musiques de films, de publicités ou de jeux vidéo 

Oui disons que je me lance, tranquillement. J’essaie d’apprendre ce métier humblement. J’ai fait quelques BO de courts-métrages pour un réalisateur qui je pense est plein d’avenir : Guillaume Caramelle. Ou encore plus récemment la BO d’un documentaire Ushuaïa et je suis actuellement en train de travailler sur des BO de jeux vidéo sans pouvoir vous en dire plus pour l’instant…

Et sinon, d’autre(s) projet(s) fou(s) à venir ? 

Je relance quelques dates de tournée en France notamment les Zéniths de Paris, de Toulouse et l’amphithéâtre des congrès à Lyon. Pour cette occasion j’ai envie d’améliorer le show d’orchestra en augmentant encore l’effectif de l’orchestre voire même insérer de nouveaux morceaux !

La playlist Worakls x Hoko

Chez nous on aime les découvertes musicales, surtout si elle nous font danser.

Alors à toi de jouer, peux-tu nous donner cinq morceaux qui te font kiffer en ce moment ?

 

N’to – Trauma (Joachim Pastor Remix)

Bicep – Opal (Four Tet remix)

Steve Jablonsky – The island awaits you

Charlie Clouser – Birds Attack

James Blake ft. Rosalia – Barefoot in the Park

Crédits photos : Samy Ait Chikh

Interview : Mariane Erard

Mariane Erard
mariane.erard@gmail.com
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