Art contemporain : le ST’ART se met en abîme

Une immense galerie d'art qui en abrite une multitude d'autres, nous fait découvrir l'art contemporain.

Miroir de la transformation des rues Strasbourgeoises aux couleurs des street-artistes, la 23ème édition du ST’ART a magnifié le Parc des Expositions du Wacken en une foire d’art contemporaine, du 16 au 18 novembre. Un labyrinthe de galeries exposait des œuvres d’artistes venus d’ici et d’ailleurs, l’occasion rêvée de se perdre dans des univers aussi sombres que féeriques, mais surtout de se familiariser avec l’art de notre époque.

Mais au fait, le ST’ART C’est quoi ?

C’est la foire d’art contemporain de Strasbourg. Une foire particulière qui expose des galeries d’art. Cette année pas moins de 92 exposants présentaient à Strasbourg les travaux de 393 artistes. Si la matière première d’une exposition reste la production artistique, le ST’ART s’applique à mettre en avant le travail des galeristes. Ils sont les premiers passionnés d’art contemporain et permettent aux œuvres d’exister pour le public. Les visiteurs ont donc pu balader leurs yeux novices, ou plus aguerris, sur une quantité foisonnante de créations artistiques, tout au long du week-end. Ils ont également eu la possibilité de rencontrer les galeristes, de partager leurs impressions et d’apprendre à redécouvrir l’art contemporain.

Parce que c’est aussi ça le ST’ART. Dans une période où le marché de l’art est en difficulté et où l’actualité fait part de ventes aux enchères démesurées, il est plus qu’essentiel de rappeler la valeur esthétique et culturelle d’une création artistique, pour déstigmatiser certaines idées reçues. En ce sens, le pari du ST’ART est aussi réussi que le signe renvoyé aux marchés de l’art est fort, puisque cette année l’invité d’honneur avait un statut muséal. Le cœur de la foire cachait en effet les travaux du grand Maître Picasso, délogés pour l’occasion du Museu de Barcelone.

Du coup, l’art contemporain est-ce qu’on peut enfin l’expliquer ?


C'est le moment parfait pour un bref rafraîchissement de mémoire, plein de second degré, avant d'attaquer le vif du sujet.
Minute Papillon #37 L’art contemporain

Et qu’est-ce qu’on y a vu de chouette alors ?

Chacun a sa propre ré ceptivité à l'art et son sens de l'esthétique. L'équipe d'Hoko s'est laissée surprendre et vous partage ses quelques coups de cœur :

Au détour des allées, le Bel Air Fine Art. Il s’agit de l’un des plus éminent groupe de galeristes d’art contemporain en Europe. Implanté en Suisse, le groupe est aussi présent dans une quinzaine de pays, au Moyen-Orient et outre Atlantique. Des œuvres exposées, c’est surtout les photomosaïques de Joël Moens de Hase qui ont particulièrement retenues notre attention.

En avant-plan, un regard intense vous scrute, il est sensuel et indubitablement féminin. Mais les contours ne sont pas nets, les pixels sont dérangés. Quand on s’approche, un pointillisme étonnant nous saute au visage et des milliers de hanches de femmes, aux formes gracieuses s’étendent devant nous. La construction est subtile et audacieuse. S’inspirant de l’hyper digitalisme qui l’entoure, Joël Moens déconstruit les représentations érotiques que l’on retrouve partout sur nos écrans. Il propose une lecture à deux niveaux de son œuvre, d’abord esthétique puis réfléchi. L’artiste belge a rapidement conquit la scène internationale en lançant ce concept novateur en 2011.

« Playfull », Joël Moens de Hase, 2017

Notre itinérance artistique nous amène devant la Galerie Mazel. Dirigée par une famille française depuis 2010 et située Place du Jeu de Balle à Bruxelles, elle s’est récemment trouvée un second foyer à Singapour. Un Donald Trump, nourrissant des oiseaux bleus, et un Kim Jong Un lovant une fusée. Notre regard est capté par la dérision qui est peinte tout en aérosol par Monk, le « Grartist » bruxellois, qui nous entraîne dans un univers criant de vérité.

Noir-artist, un sombre pseudonyme derrière lequel se cache Lucien Gilson, un plasticien et peintre muraliste belge. Si ses créations ne sont pigmentées qu’en nuances de noir, elles peuvent cependant atteindre des proportions démesurées. Le jeune Lucien est en effet amateur de peinture sur fresque murale. Il mélange les genres d’hier pour créer le sien; un savant cocktail de surréalisme dans l’ambiance, de pop-art dans les traits et de street-art dans les supports.

« Le Regard », Noir Artist, 2018

Pour finir, on a souhaité jouer local en vous présentant la galerie Haut-Rhineoise d’art le 120 qui exposait notamment l’artiste Onemizer. Cyril de son prénom a grandit en Afrique. Il en a peut-être gardé les couleurs explosives et revigorantes qui tranchent avec les thématiques urbaines de ses œuvres. Sur toile ou sur palissade, il manie aussi bien l’aquarelle que le graffiti et revisite astucieusement les héros de nos jeunesses, de Bart Simpson à Batman en passant par Mickey. On y trouvait aussi l’œuvre de Yaniv Edery, un artiste aux œuvres captivantes. Il mélange les couleurs métalliques aux paillettes pour un résultat brillant. Les jeux de lumières qui tombaient sur sa Geisha lui donnait par moment une impression de vie. Pour cette création, il signe une collaboration avec Sylvain Binet, illustrateur de renommé qui fait revivre les animaux façon pop-art.

« Geisha », Yaniv Edery et Sylvain Binet, 2018

Rendez-vous en novembre 2019 pour la 24ème édition > ST-ART

Texte : Sophie P | Photographies : Laurent Khrâm Longvixay

Sophie Philipps
philippssophie2@gmail.com
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