Les poupées de Cécile Decorniquet

« Ladies first » – Cécile Decorniquet – Galerie Charron du 22 juin au 9 juillet 2016
La Galerie Charron présente les photographies de Cécile Decorniquet tirées de la série « Ladies ».

Hoko : Peux-tu te présenter ? 

Cécile Decorniquet : Je suis photographe, j’ai 33 ans. La photographie est à la fois mon métier et ma pratique artistique. J’ai deux enfants, ma vie de famille m’accapare beaucoup de temps mais j’ai besoin de la photographie pour vivre.
D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu ce besoin de m’exprimer et cela depuis plus de la moitié de ma vie à présent, à travers la photographie.

A quel moment de ta vie as-tu eu ce déclic pour la photographie ?

À 14 ans. Je dessinais beaucoup étant enfant et adolescente, je reproduisais beaucoup de photos. J’ai senti à 14 ans que la photographie serait mon moyen d’expression. Cela s’est confirmé cette même année suite à un stage que j’ai fait chez un photographe. Je suis ensuite entrée au Lycée Autogéré de Paris car il y avait un atelier photo. J’ai passé la majeure partie de ces 3 années à faire des photos, à les développer et à les tirer.
Je suis ensuite entrée à l’école des Gobelins en photographie de prise de vue.

D’où provient ton inspiration pour la mise en scène de tes portraits? 

Je n’ai pas d’inspirations précises. Evidement, mes goûts et ma culture m’influencent nécessairement mais je ne me base pas sur eux pour mettre en scène mes photographies ou pour trouver des idées. Elles viennent sans particulièrement y réfléchir, ce dont je veux parler et ce que je veux exprimer fait partie de moi, la réflexion vient à posteriori. Je suis autant inspirée par mon enfance, les histoires, les contes, les rêves, la culture que mes parents m’ont donné, mes grands-mères couturière, mes enfants, que par certains réalisateurs tels que David Lynch ou Tim Burton. En ce qui concerne la photographie, Lewis Caroll, Jan Saudek, Joel Peter Witkin et la photographie du 19ème siècle en général. La peinture flamande, baroque, surréaliste, pop surréaliste m’ont aussi toujours accompagnées.

On retrouve tout de même un côté « anti-féérique ». Est-ce pour contester l’innocence de l’enfance ?

Oui. Pour moi, il y a une part sombre dans le féerique. Je trouve que ce mot est généralement utilisé, non pas à contre-sens, mais qu’un seul aspect en est dégagé, celui du bonheur, du magique dans le sens de la joie, du positif. Alors que les contes, les mythes, les histoires de féeries ne sont pas du tout représentatifs de ces aspects-là, ils sont aussi tout l’opposé. L’enfance aussi, à mon sens.
Donc oui, si l’on prend le sens commun systématiquement utilisé du justificatif “féerique“ et de ce que l’on associe à “l’enfance“, on peut dire que mon travail conteste l’innocence de l’enfance.

Comment choisis-tu tes jeunes modèles ? 

Je les choisis pour leurs regards, leurs expressions de visage. Ce sont des enfants que je connais déjà, certains mieux que d’autres. Ce sont des enfants que j’ai déjà observé et avec lesquels j’ai déjà une relation plus ou moins proche. C’est important pour moi car je ne les choisis pas uniquement sur des critères physiques.



Comment t’es venue l’idée de réaliser cette série que tu exposes en ce moment ? Que souhaites-tu transmettre à travers tes images ?

Il m’est venu assez tôt l’idée, l’envie et la nécessité de photographier des enfants car je ne retrouvais pas chez les adultes ces regards sans artifices, les tensions, les antagonismes que je cherchais à montrer. Je veux montrer dans mes travaux une histoire de l’enfance, du visible et de l’invisible, une histoire entre le réel et le rêve, naïve et inquiétante. Un état “d’entre-deux“.

La photographie est pour moi un moyen de sublimer et dépasser le réel pour montrer l’invisible.

Il y a une recherche entre la nostalgie et le devenir dans mes images. Une recherche d’abandon chez mes modèles pour en souligner la gravité, un aspect sacré hors du temps. Cet abandon, je l’ai trouvé chez les enfants. Dans mes portraits, je tente de montrer l’invisible à travers le regard, l’expression d’enfants que je mets en scène dans un décor très neutre ou dans la nature. Je les pare d’accessoires, d’objets symboliques du monde de l’enfance et/ou au contraire du monde adulte utilisés parfois de manière anachronique afin de créer un antagonisme. De cette manière, je tente d’amener le spectateur à aller au-delà du premier regard porté, de la première sensation.

Les rêves, les cauchemars, les histoires et les contes dont j’ai été bercée ont continué à m’accompagner à l’âge adulte. Je me souviens très nettement de cette fascination et cette terreur qu’ils suscitaient chez moi. C’est ce que je tente de montrer dans mes photographies par des portraits d’enfants aux regards et aux postures figés, à l’image des premières photographies du XIXème siècle.

Ton souvenir le plus marquant d’une session photo ?

Je ne crois pas avoir un souvenir marquant en particulier. Je suis systématiquement fascinée par la façon naturelle qu’on les enfants d’affronter l’objectif. Leurs expressions, leurs regards me fascinent, ils sont à la fois purs, sans artifices et complexes. Cette complexité de la vie à venir, une gravité déjà présente que l’adulte a oublié avoir eu enfant. Je trouve ces antagonismes très forts et je ne dirais pas qu’ils me surprennent puisque c‘est justement en partie cela que je tente de capturer, mais oui, c’est marquant.

Si tu avais la possibilité de photographier une personne ou un évènement tout de suite, que ferais-tu ?

Je continuerai ma série “Chaos“, tout juste commencée. Une série qui met toujours en scène des enfants mais, cette fois, dans des paysages. Je quitte le studio.

Une préférence matérielle ?

Pour mes portraits, je travaille toujours avec mon Hasselblad et un dos numérique. En extérieur, je travaille avec un Canon 5D Mark III. Mais j’aimais beaucoup travailler à la chambre, que j’ai mise de côté en commençant mes séries d’enfants. Elle n’était pas adaptée et bien trop contraignante pour un résultat similaire au numérique. J’aime beaucoup travailler au moyen format et au format carré.

Le mot de la fin

Merci de me consacrer cette interview sur cette série intitulée « Ladies » que j’ai la chance d’exposer à la Galerie Charron. J’espère pouvoir bientôt vous présenter mes nouvelles séries.

Texte : Laurent Khrâm Longvixay

Exposition
Cécile Decorniquet – Ladies first…
Du 22.06 au 09.07.2016
Galerie Charron
43 rue Volta
75003 Paris France
Ouvert du mardi au samedi de 11h30 à 19h et sur rendez-vous Tel : +33 (0)9.83.43.12.05
contact@galeriecharron.com – www.galeriecharron.com

Laurent Khrâm Longvixay
laurentkl.contact@gmail.com

Photographer & Video Director for LKL PROD, Love Punk Hardcore / Indie Rock Music & Vegan Food. DIY or DIE !

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