Live report : festival Détonation, une explosion de décibels

Le week-end dernier, la ville de Besançon a vibré aux rythmes des envolées sonores de la 7ème édition du Festival Détonation. Piqués de curiosité par une programmation éclectique et une promesse de décor interactif et urbain, nous sommes parties à la découverte de cet événement.
IMG_5667

Photo : Pixscenes

L’aventure commence pour nous le deuxième jour du festival. À peine arrivées dans cette petite ville médiévale, nous nous mettons en route vers le site de la Rodia, salle de concerts de musiques actuelles située au pied de la citadelle : un décor surprenant mélangeant architecture historique et lieu désaffecté, bienvenue au Festival Détonation. Une fois les portes passées, nous partons à la découverte du site et des quatre scènes réparties de parts et autres. Chaque espace a son atmosphère et sa griffe : la Grande Scène située à l’avant du site accueille les têtes d’affiches du festival, la Kool Scène est dédiée à une musique intimiste et une proximité sans faille avec le public, la Scène Étincelle, comme son nom l’indique est secouée par des riffs de guitares et des envolées de percussions. Juste derrière la Friche, dont les murs graffés rappellent une ambiance berlinoise, accueille les sons les plus dark de la techno internationale. Niveau scénographie, le job est fait. Juste au dessus de nos têtes, des explosions de lumières semblent être posées dans le ciel et valsent au gré du vent et de la musique. Niveau interactivité, l’esprit numérique est mis en avant grâce à un immense mapping projeté sur un mur de pierres surplombant l’ensemble du site.

Photos : Pixscenes

Vendredi 28 septembre 

Quatre scènes, quatre ambiances et des concerts en simultané, de quoi satisfaire tous les goûts et toutes les générations présentes ce soir là. Notre premier choix musical se porte vers l’électro pop du groupe M.I.LK, qui se produit sur la Kool Scène. Connaissant déjà quelques uns de leurs sons, nous avons surtout envie de voir ce que ce groupe venu des pays nordiques vaut sur scène. Et le résultat est plutôt agréable : une musique smooth, des solos de saxophones, une voix synthétique posée sur une rythmique de basse entêtante, de quoi commencer la soirée en beauté !

À la fin de leur prestation, direction la Grande Scène pour découvrir ceux dont tout le monde parle et écoute en ce moment : Thérapie Taxi. La foule est déchaînée, prête à accueillir ce groupe parisien dont les initiales illuminent le fond de scène. Les premiers sons résonnent et les tubes s’enchaînent. La douce voix de la chanteuse apporte une touche mélodieuse et se pose sur des paroles rappées du chanteur. Les textes de leur musique pop sont totalement décomplexés, sans filtre, et le groupe semble avoir une attitude quelque peu désinvolte sur scène. Mais plus le show avance, plus nous nous rendons compte que derrière ces attitudes de « mecs trop cool » se cache une envie de communiquer et de partager avec son public. La prestation scénique est énergique, fraîche et le résultat est vraiment agréable.

Photos : Pixscenes

S’enchaîne ensuite un groupe d’un tout autre genre, quoique issu de cette même génération d’artistes, le duo de rappeur Caballero et Jean-Jass. Ces deux là sont de véritables personnages tout droit sortis d’un dessin animé d’une autre époque. Ils sont complémentaires, aussi bien dans leur style que dans leur attitude scénique. Les flows s’enchaînent et leur prestation devient de plus en plus folle au fil des sons. Le public chante à tue tête des paroles mêlant humour et désinvolture, weed, romantisme ou Mario et Luigi. Le duo rappe thèmes intemporels et sont le reflet d’une génération qui n’a aucun filtre et qui veut conquérir le monde.

Un show intéressant à regarder et écouter, mais des sons de basses viennent titiller nos oreilles : direction la Friche pour découvrir Arnaud Rebotini, compositeur de musique électronique français. Alors que nous avons découvert cet artiste grâce à la BO du film 120 battements par minute, la surprise de voir ce personnage en live nous a totalement emporté. Une fois entrées dans cette friche, nous avons l’impression d’intégrer un univers parallèle où règne une ambiance presque diabolique. Derrière ses synthés et boîtes à rythmes, l’artiste s’impose comme un maître de cérémonie et propose au public à la fois un son électro très sombre mais aussi des mélodies hypnotiques qui rendent le tableau très harmonieux. Les prestations de mapping et lumières derrière le compositeur apportent une dernière touche finale à ce paquet cadeau dont nous prenons du plaisir à découvrir. La partie techno de cette soirée est lancée, et la nuit se termine en beauté avec Ann Clue, DJ allemande et co-fondatrice du label Fcking Serious. Cette artiste est réputée pour proposer une techno minimale sans aucun défaut, parfaitement paramétrée et parsemée de bass music. Une réputation qui s’avère vraie. Son set est parfaitement dosé, les sonorités s’enchaînent et font vibrer le public qui semble avoir activé le pilotage automatique et qui danse, danse jusqu’à la fin de son set et jusqu’à la fermeture des portes de cette deuxième journée du Festival Détonation.

Samedi 29 septembre

Pour la dernière nuit de l’édition, c’est un froid polaire qui s’engouffre avec nous dans l’espace de la Rodia. La programmation de clôture annonce une soirée explosive, grâce à un partenariat du festival avec l’emblématique festival électro d’Astropolis, qui a permis à des piliers de la scène techno et hardcore de se produire à Besançon cette année. Au menu donc, Manu Le Malin, Madben, AZF DJ Set, Sonic crew, et plein d’autres noms encore comme Miel de Montagne, Thé Vanille, les Melvins ou les sulfureux Morcheeba. Nous l’avons bien compris depuis la veille, le Détonation c’est un univers où tous les genres se rencontrent.

29 septembre 2018-DSC08995-2

Photos : Pixscenes

Après un petit tour de chauffe devant les Melvins groupe de hardrock devenu légende dans le milieu et précurseur de la scène grunge – nous sommes allées à la Friche. Et le vieux hangar nous a une fois de plus fait tomber dans une ambiance froide et sombre, digne de l’Allemagne de l’Est. Le petit Benjamin Leclerc, 37 ans et d’origine Lilloise monte sur scène et se transforme littéralement en Madben. Des jeux de lumières psychédéliques, des sonorités puissantes et intenses par moment, qui jouent avec notre patience, des airs qui nous semblent connus mais déconstruits. Le combo est parfait, nous avons plongé tête baissée dans le monde tout particulier de ce génie de l’esprit rave. 
AZF dynamite ensuite le dancefloor avec un set déflagrant, nous partageant un peu de son underground parisien. Audrey, un prénom aussi doux que le son qu’elle produit est agressif. Elle nous fait tomber un peu plus dans les profondeurs de cet univers techno, sombre, que l’on dirait parfois venu d’ailleurs. Nous finissons la descente en enfer avec Manu le Malin, dont la réputation n’est plus à faire. Dieu vivant et surtout ange noir de la scène électro hardcore. Cette fois-ci les murs de la friche tremblent de violence. Mystérieux et obscur, sa prestation s’accompagne d’une performance visuelle permise par le collectif Parisien OYE. Le charme ne peut qu’opérer.

L’ensorcellement de la soirée a pris la grande scène. La traîne rouge de la robe de la chanteuse de Morcheeba nous envoûte tout autant que le grain groove et intense de sa voix. Le groupe iconique du trip hop souffle ses vingt bougies cette année, et profite de l’occasion pour présenter son nouvel album « Blaze away ». Nous quittons le festival un peu secouées et une fois de retour, le verdict n’est toujours pas tranché « Stairway to heaven » ou « highway to hell » ? Pour autant la magie du Détonation Festival a opéré sur nous. C’était l’occasion rêvée de rencontrer des piliers de la musique et de grands artistes venant de tous les horizons à 2h de Strasbourg. En bref, on dira une clôture de la saison estivale en beauté !

IMG_5805

Photos : Pixscenes

Texte : Mariane Erard – Sophie Philipps | Photographies : Fab Mat – Pixscenes – Bfaivre Chalon

Mariane Erard
mariane.erard@gmail.com
No Comments

Post A Comment