Live report : Pelpass Festival // 2ème édition

Le Pelpass Festival, c’était le weekend dernier et on y était pour vous raconter comment c’était. Plus de 6000 personnes se sont donnés rendez-vous dans un havre de folie au cœur du Jardin des Deux Rives côté Français à Strasbourg. Le 24, 25 et 26 juin furent trois journées qui lancèrent avec brio la saison des festivals d’été. Environ une quarantaine d’artistes se sont enchainés de la fin d’après-midi jusqu’au milieu de la nuit sous les chapiteaux de l’association.

Une des meilleures associations culturelles de Strasbourg revenait en force pour célébrer la pérennisation de leur gros événement de fin de saison avant de s’attaquer à l’animation des festivals d’étés comme à leur habitude. Ils l’ont lancé en 2016 pour fêter leur 10e anniversaire. L’année dernière, le festival s’est officialisé, et cette année il s’ancre durablement dans la scène des festivités du début de l’été strasbourgeois.

Alors le Pelpass Festival c’est quoi ? C’était comment ? Et bien c’est monté crescendo avec une dernière journée complète le samedi et le feu jusqu’au bout de la nuit pour les campeurs. On avait peur de la pluie, au final le thème décoratif marin de cette année a du protéger les organisateurs qui n’ont pas eu à craindre les quelques gouttes peu menaçantes qui se sont abattues sans conséquence sur le navire Pelpass.

À la découverte du Navire Pelpass Festival

Le schéma est similaire pour les trois jours, entre 17h et 20h, des groupes de jeunes s’amassent aux alentours pour prendre l’apéro. On discute de la programmation, on fait des retrouvailles ou des rencontres. L’intérieur du festival n’est pas trop rempli, même si des spectacles et des groupes (souvent locaux) commencent à jouer et l’ambiance est très familiale. On s’amuse entre deux bières artisanales chopées au Bar à Thon ou au Tiens Bien la Barre (on vous avait dit que c’était un thème marin) à jouer au Mölki, au Kubb, au ping-pong, aux palets ou à l’un des nombreux jeux mis à disposition sur place. Arrive l’heure de diner, il y a de quoi faire sur place. Tartes flambées à la Flamssonerie et crêpes évidemment, mais aussi repas végétariens, notamment libanais avec Al Boustane ou encore les sandwichs et soupes de Com’O Resto. On découvre le lieu assez large, les pieds dans l’herbe pour manger dans un transat ou posé sur des tables en bois surplombées d’une baleine. C’est apaisant, on est entouré de verdure alors qu’il y a un quart d’heure on roulait dans un des quartiers peut-être les plus pollués de Strasbourg, le Port du Rhin. C’est un hameau isolé du reste de la ville. Un îlot musical perdu entre les arbres, à la décoration majoritairement en bois.

Une fois qu’on a fait le tour du Phare central qui illuminera l’espace du festival la nuit tombée, on a eu le temps de passer aux stands des associations Ithaque (prévention sexe et drogues) et Sea Shepherd Strasbourg (protection de l’écosystème marin)… mais aussi Le Grand Retour du Printemps. Il faut vider la bière avant l’arrivée de ses artistes préférés alors on passe aux toilettes sèches mises en place par l’association Nigloo. Et on lance son gobelet de sciure pour celui d’après, s’il vous plaît ! Deux trois pins anarchistes ou anticapitalistes récupérés à prix libre plus tard, rendez-vous à la petite scène sous un chapiteau dont l’animal totem est une pieuvre aux tentacules ayant des capsules de bières pour ventouses.

Day 1 : le rap et le hip hop à l’honneur

J’arrive le jeudi à la fin de 808INK, un groupe de rap londonien rimant sur des instrumentales très particulières à la vibe et au rythme presque garage/house. Comme le groupe suivant, l’anglais est souvent une barrière au déchainement complet lors des concerts de rap, ce qui n’empêche pas le public de se démener et d’être présent comme il faut. Les suivants, sous la grande tente qui déborde un peu, ce sont loin d’être des petits joueurs. Cunninlynguists sont des anciens. De véritables lyricistes aux productions extrêmement soignées avec des samples de musique acoustique voir classique notamment sur leur tube « Lynguistics » qui reprend du Tchaikovsky. J’avais un peu d’appréhension à les voir en live puisque leur musique me semblait plus adaptée à une écoute au casque dans son canapé ou un chill entre potes plutôt qu’un gros bordel en festival. Je ne me suis trompé qu’à moitié. Les deux Mcs du groupe sont chevronnés, ils se passent le micro avec précision, savent faire bouger la foule, même quand celle-ci ne les comprend presque pas. Un message passé à Donald Trump, des tracks classiques de leur répertoire au refrain repris par la foule, quelques incitations à la consommation de cannabis « Roll it up, light it up… Smoke that shit ! » et le tour est joué. On a même eu le droit à quelques textes rappés sur l’instrumentale légendaire du tube  de « I Got 5 On It » Luniz.

La Militente : interlude musical mêlant basses puissantes et dansantes

Avant de voir le jeune rappeur québécois Loud de retour sur la petite scène, petit détour par la Militente. Là-dessous, tout le long du festival, s’enchainent en majorité nos talentueux DJ et producteurs locaux aux styles éclectiques. En l’occurrence, c’est Goomar qui fout le feu aux jambes d’une bonne trentaine de personnes avec de la grosse trap lourde et un mix hiphop aux basses pesantes et dansantes en passant par un peu de grime et de drum n bass. Mention spéciale aux samples egyptiens d’un titre trap que je n’ai pu shazamer à temps, il fallait danser vous comprenez… à mon grand regret.

Petite scène : rap français pour public déjanté

Loud est dans la place, le public de la petite scène s’est considérablement rajeuni, et propre à la jeunesse, fout le bazar sur les chansons phares de l’artiste tout en jonglant avec trois préservatifs gonflés qui sont renvoyés par l’artiste en pleine performance. Personnellement moins fan des chansons comme Nouveaux Riches, Toutes Les Femmes Savent Danser ou encore 56K aux instrumentales très tropicales voire parfois reposantes, force est de noter l’enthousiasme que ces tubes suscitent au public. L’artiste, qu’on a assez peu vu en France (normal étant donné qu’il s’est fait propulser au-devant de la scène hiphop depuis un peu moins d’un an) est heureux d’être là et ça se sent. Le début de son set commence doucement avant d’exploser avec Hell What A View. 22h50 les premiers pogos du festival sont lancés avec le refrain de la chanson On My Life avant de continuer sur TTTT et surtout Devenir Immortel.

De retour vers la grande scène

La programmation de la grande scène s’enchaine après une brève pause avec l’indépendant et incomparable Demi Portion. D’entrée la tête d’affiche somme le public de lever les mains avant de ne pas le lâcher et de communier des émotions en masse avec modestie à travers des paroles toujours aussi soignées, de belles histoires racontées et basses plus importantes que les sons studios d’ordinaire peu dansants. Il est en compagnie de son backeur Molotov qui fait quelques chansons à lui et DJ Rolex, qui lâche quelques interludes à base de trap pour faire pogoter les plus chauffés à blocs du public ou de la Mauvaise Réputation de Georges Brassens. On a également le droit à quelques textes rappés sur des instrumentales légendaires comme celles de The Real Slim Shady d’Eminem ou Jump Around de House of Pain. Le rappeur sétois sait s’y faire. Il connaît déjà le public strasbourgeois et sait le faire chanter. Ça doit être dû au fait qu’il organise son propre festival de hiphop indépendant, le Demi Festival. On a le droit à des chansons les plus connues de son répertoire comme Peur, Mon Dico ou Pour Une Poignée De Punchlines 2, mais aussi des sons plus récents comme Super Hero. Son set se finit en apothéose avec la participation de deux MCs strasbourgeois, de l’ancienne et de la nouvelle génération (ils ont tous deux également fait une apparition aux côté de Don Choa la semaine précédente lors du NL Contest), Kadaz et Junior.

La fête continue encore jusqu’à deux heures du matin, ça part en grosse festivité sous la petite scène à base de saxophone, d’MCs et de queueleuleu du public.

Le peu de campeurs présents continueront jusqu’au petit matin avant de dormir quelques heures pour reprendre l’apéro avant le début des concerts du vendredi, comme dans n’importe quel autre festival.

Day 2 and 3 : une programmation éclectique pour faire danser les festivaliers

Après le hiphop du jeudi, le vendredi, l’ambiance est essentiellement à l’électro parfois assez douce et planante à l’instar de Molécule. Le samedi c’est plus éclectique et instrumental avec notamment des artistes aguerris des jams jazz de strasbourg comme les groupes ITJ et Hewa qui collaborent sur la grande scène pour une performance spatiale, atmosphérique voire lunaire avant que certains morceaux n’évoluent vers quelque chose d’assez dansant ou accéléré puis plus puissant voir lourd et pesant. La voix de la chanteuse se mêle en harmonie avec les instruments, qu’elle soit stridente ou envoutante pendant que les festivaliers jouent au badminton avec des colliers de fleurs dans les cheveux sous un soleil éclatant mais pas agressif… à l’image du festival.

Texte : Martin V | Vidéo : Laurent Khrâm Longvixay

Mariane Erard
mariane.erard@gmail.com
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