Pause Jazz avec Les Chapeaux Noirs

Pause Jazz : nous sommes partis à la rencontre du quatuor jazz Strasbourgeois appelé Les Chapeaux Noirs, à l'occasion de la sortie de leur nouvelle album. Confortablement installés dans les canapés d'un bar, Victor Gachet nous parle en exclusivité du groupe et du projet.
Salut Victor, peux-tu nous dire quel rôle tu joues au sein du groupe ?

Les Chapeaux Noirs c’est un projet que j’ai créé il y a plus de 8 ans fin 2010, avec deux musiciens qui aujourd’hui ne font plus partie du groupe. Au sein de ce groupe, je suis le batteur mais je m’occupe également de l’ensemble du management. Côté musique et artistiquement parlant, nous composons et arrangeons nos morceaux tous ensemble, chacun amène son inspiration, son oreille.

Parle-nous du groupe. Comment vous-êtes vous rencontrés et comment avez-vous évolué ?

Depuis sa création en 2010, la composition du groupe a plutôt pas mal bougé. À l’initiative on était en trio : piano – basse – batterie. Dès la sortie de notre premier album en 2011, on a invité le saxophoniste Léonard Kretz à venir jouer avec nous. Petit à petit il a intégré le groupe en fixe, il fait d’ailleurs aujourd’hui toujours partie des musiciens des Chapeaux Noirs aux côtés de Sébastien Valle au piano et Lionel Ehrhart à la basse. Ces rencontres se sont faites au fil des années, le microcosme du monde de la musique à Strasbourg n’étant pas très grand, on se connaît un peu tous et on avait déjà eu l’occasion de collaborer auparavant, sur des featuring ou dans des jam. Lorsque le line up a été remodelé en 2016, c’est eux que j’ai tout de suite appelés pour leur proposer ce projet. Tout fonctionne bien puisqu’aujourd’hui, ça fait trois ans qu’on bosse autour de ce troisième album des Chapeaux Noirs et surtout le premier de cette équipe fixe.

 

Question curiosité : c’est quoi l’origine de votre nom ?

L’origine de notre nom est toute bête : on tenait des jam sessions toutes les semaines, un soir on s’est pointé avec des chapeaux noirs. À la fin de la jam, 4h du mat’ on s’est dit « Eh les gars, on monte un groupe et on va s’appeler les Chapeaux Noirs ! »

 

Aujourd’hui on a un peu l’impression de parler de jazz à tord et à travers. Mais pour toi, le jazz c’est quoi ?

Le jazz c’est flou effectivement, c’est quelque chose de protéiformes, ça a plein d’influences, ça a plein de styles. C’est une histoire qui est très forte, très identifiée et qui reste très jeune finalement puisque ça a à peine plus d’un siècle. Mais aujourd’hui je trouve que le jazz a aussi en retour influencé tellement de courants stylistiques : du rock, au hip-hop en passant par de l’électro ou même des musiques afro-cubaines. Mais du coup si je devais retirer une composante commune je dirais que c’est l’improvisation. C’est une musique qui est par définition improvisée et qui laisse dans l’interprétation une certaine liberté dans la façon de jouer, de réaliser des morceaux, ce qui fait que, d’un concert à l’autre (et c’est le cas notamment pour nous) un même morceau peut prendre des tournures très différentes. En l’occurrence, au final savoir ce qui est jazz et ce qui ne l’ai pas ? Le débat devient presque obsolète.

 

Depuis son apparition aux États-Unis, la musique jazz n’a cessé d’évoluer, s’imprégnant de multiples styles musicaux. Depuis les années 80 on voit l’évolution d’un jazz influencé par les musiques électroniques. Comment-vous positionnez vous par rapport à ce style particulier et quelles sont vos influences ?

À l’origine on avait la volonté jouer du hard bop… une musique jazz des années 60. En performant et en composant ensemble on a commencé à jouer des choses bien plus contemporaines. Aujourd’hui il y a une réelle volonté d’intégrer de la musique électronique dans notre musique qui est à la base acoustique et instrumentale. On joue un son qui se veut exigeant dans la composition et dans la réalisation, ludique pour les amateurs mais qui parle aussi à des personnes qui n’écoutent pas de jazz. On s’influence dans la musique trans’ et électronique, dans l’improvisation collective que l’on fait évoluer de manière très lente, comme le font certains producteurs de minimale. On s’influence beaucoup du rock aussi, dans l’énergie un peu énervée qu’il peut y avoir parfois dans nos morceaux, et en même temps, le jazz c’est une musique hyper énervée. On essaie de rendre nos sons originaux et propres à ce qu’on a envie de faire.

 

Vous défendez un projet musical ludique avec pour objectif de démocratiser le jazz et de séduire un public moins connaisseur. Pourquoi cette volonté et comment vous y prenez–vous ?

Ça s’est fait assez naturellement pour nous. J’entends énormément de gens me dire qu’ils n’écoutent pas de jazz parce qu’ils n’y comprennent rien. Je pense que le jazz n’est pas une musique fermée et élitiste, c’est même la musique la plus populaire à mon sens. Pour toucher le plus de monde, on essaye de donner un caractère très imagé à nos morceaux parfois cinématographique, on tâche de parler à l’imaginaire du public. On veut aussi développer notre musique dans des salles qui ne sont pas forcément étiquetées jazz. C’est d’ailleurs pour ça qu’on a intégré la plate-forme Artefact en tant que musiciens résidents, c’est pour ça qu’on a la volonté de faire une Release Party à la Laiterie qui est une salle qui est réputée rock à la base, tout comme une Release Party nationale à la Boule Noire à Paris. Au final notre réseau de diffusion live est vraiment à mi-chemin entre des salles jazz et des salles de musiques actuelles. Ça participe à cette volonté de faire écouter du jazz à ceux qui n’ont pas l’habitude d’en entendre.

Les Chapeaux Noirs – ALMA Official Teaser
Samedi 02 mars, vous allez présenter votre nouvel album intitulé ALMA. Pourquoi ce nom ?

ALMA c’est la fille de Léonard, le saxophoniste du groupe qui a deux ans et quelques maintenant et qui est naît au même moment où on a commencé à bosser sur cet album.

 

Vous avez déjà plusieurs albums à votre actif, avec plus de 200 dates de concerts. Comment appréhendez-vous ce nouveau projet ?

Avec joie et excitation bien évidemment. Je pense que c’est de loin notre meilleur album, tout simplement parce que l’on a beaucoup plus de maturité. On progresse forcément, chacun individuellement toute notre vie. On commence vraiment à avoir une esthétique qui nous est propre, une vraie cohérence dans notre musique. La sortie de cet album c’est aussi des nouveaux défis électroniques et technologiques : par exemple l’utilisation de pad ou des ordinateurs en concert c’est tout nouveau. Pour nous ça concrétise deux ans de travail en résidence, en studio. Un album qui a été porté et soutenu par la ville de Strasbourg, la SPEDIDAM, par Artefact et par la Coda également. On est vraiment bien entouré pour la sortie de ce nouveau projet.

 

Une petite pépite ou anecdote à nous révéler sur cet album ?

Je ne peux pas dire lesquelles mais il y aura des surprises oui ! On va jouer que des nouveaux morceaux à découvrir en exclusivité, nouvel album, nouveau show light, nouveau live et beaucoup de pression pour nous aussi. On se lance aussi le défi de jouer en plus des cover pendant le concert.

 

Du coup, si nos lecteurs on envie de vous découvrir en live c’est où, c’est quand, et ça va être comment ?

Avant tout samedi 02 mars à la Laiterie (Club), on invite Ork à jouer en première partie, qui est un duo batterie – vibraphone. Deuxième Release Party à La Boule Noire à Paris le 20 avril. On sera le 18 mai à l’espace Gouvy à Freming-Merlebach, en première partie cette fois-ci. Et enfin on sera au Festival de Jazz de Colmar mais la date n’a pas encore été révélée.

 

Pour finir, peux-tu nous citer un son jazz à écouter là maintenant tout de suite ?

Robert Glasper –  I don’t even care

Les Chapeaux Noirs : FacebookSite Internet

Interview : Mariane Erard

Mariane Erard
mariane.erard@gmail.com
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