The Boring : quand la musique est un exutoire.

Hoko : Comment vous êtes-vous rencontrés ? Classiquement sur les bancs du lycée, pendant un pogo à un concert de punk ou au rayon fruits et légumes d’un supermarché ?

The Boring : Seb (guitare), Max (batterie) et moi (Kiki le chanteur) on se connaît parce que nos parents habitent le même quartier du même village paumé, près de Colmar. Du coup, on traînait ensemble bien avant de former le groupe, pour jouer au foot ou à la Playstation. Aux environs de 2001, on a découvert le punk via les Offspring. On a donc décidé de former un groupe. On avait entre 13 et 16 ans, et on a donc tous prêté serment à Satan et c’était parti pour au moins 15 ans !
Ensuite on a commencé à jouer à des fêtes de la musique, des fêtes de lycée, des messes sataniques… Puis en 2003, Luc, notre actuel bas
siste, a rejoint le groupe en remplaçant le frère de Seb. Il était alors temps qu’on arrête les messes sataniques, il y faisait trop sombre pour qu’on puisse jouer correctement.
En 2006, on a décidé d’intégrer un cinquième membre, un guitariste, pour que je puisse me consacrer uniquement au chant. On s’est stabilisé en 2008 avec l’arrivée de Simon à la guitare, qui jouait dans d’autres groupes avant ça. Je ne peux que me réjouir de jouer avec mes quatre meilleurs amis. Merci Satan !

Avez-vous tout de suite compris que c’était à travers la musique que vous vous exprimerez ? Était-ce une évidence ? Un besoin ?

Au début, on n’était pas conscients que c’était une évidence ou un besoin, mais avec le recul, évidemment ça l’était. On était au lycée / collège quand on a commencé, et c’est vrai qu’on y trouvait pas forcément notre place, et qu’il y avait beaucoup de choses qui nous énervaient. La hype, le racisme, les concours de popularité, la normalisation de ce qui était censé être cool… Des symptômes de ce que la société ultra capitaliste a pu produire. On a donc exprimé notre rage à travers la musique, qui se doit violente pour répondre à ces violences. Mais dans le punk, le son ne suffit pas. Il fallait des textes qui aient du sens pour répondre à ces non-sens. Nos textes étaient basiques à l’époque, mais ils traduisaient notre malaise par rapport à la fraction de société à laquelle on se frottait. Donc oui, c’était un besoin. Mais un besoin réactionnel.
Aujourd’hui, après quinze ans d’expérience musicale, je me vois mal ne plus pouvoir m’exprimer à travers la musique. C’est devenu un besoin physiologique, actionnel. Impossible de lutter. Probablement un effet secondaire des messes sataniques.

Boring, ça veut dire ennuyeux. Mais The Boring, ça veut dire forage. Et en effet, votre musique n’a rien de soporifique, au contraire, ça décoiffe : la voix est explosive, les riffs de guitares sont tranchants. Votre nom traduit votre état d’esprit ? Vous voulez que votre son creuse un trou dans la société afin d’y déverser vos contestations, de dénoncer ce qui vous tourmente ?

Pour l’histoire, on n’avait pas de nom pendant un certain temps. Comme dit plus haut, on était très anti-hype et on ne se prenait pas au sérieux du tout (ce n’est – presque – toujours pas le cas aujourd’hui). La hype à l’époque c’était le nu-metal, le metal, le rock à la Red Hot… Les groupes au lycée suivaient la tendance et avaient la grosse tête, mais format montgolfière quoi. Du coup, on voulait un nom qui tranchait avec la musique rapide et braillarde, et qui rappelait qu’on ne se prenait pas pour de grands musiciens. Seb a eu l’idée de The Boring, les ennuyeux. C’était à l’opposé de la musique qu’on faisait, et ça rappelait qu’on n’avait aucune prétention à part s’amuser et s’exprimer haut et fort.

Vos paroles font souvent référence à des problèmes politiques ou sociaux, vous dévoilez à coup de cris incisifs des problèmes qui nous concernent tous. Comme l’affirme le nom de l’un de vos LP, vous avez envie de changement. Êtes-vous convaincus que le punk hardcore est le genre musical le plus adapté pour faire changer les choses ?

Une chose est sûre, le punk-hardcore change des choses. On a eu des révélations dans le punk, il y a des textes qui ont fait bouger les lignes de notre cerveau, des mots et des idées qui ont résonné en nous. Et je dois dire que tout ça a beaucoup révélé notre sens politique. Si on a toujours détesté l’extrême droite depuis notre adolescence et qu’on a toujours été alertes par rapport au monde politique, ce n’est que plus tard qu’on a pris conscience que notre vie EST une politique. Oui, le punk change des gens et bouleverse les choses. En tout cas, ça a changé ma vie, nos vies. Il faut bien se dire que nos choix influencent le monde. Peut-être à une petite échelle, mais ça change les choses.
Les textes dans le punk-hardcore sont très importants et peuvent exprimer un panel d’idées et d’émotions aussi larges que n’importe quel autre art expressif. On peut écrire des chansons du type « vive le hardcore ». Partager ce genre de musique sur une base non marchande, c’est déjà un acte engagé. On a aussi des chansons du type « fuck you song », qui parlent d’un thème précis pour traduire l’oppression. Dans nos textes, on parle également de remises en questions plus générales et transversales.
Après, je ne suis pas sûr que le punk-hardcore soit la musique la plus accessible au monde, donc je doute que ça ait un impact colossal sur la société. Mais la petite bande d’anarchistes que nous sommes est persuadée de son bien-fondé. Et si on peut convaincre en une vie ne serait-ce que dix personnes de plus, c’est déjà gagné.

Vous tournez énormément, et pas uniquement en France : en Allemagne, en Suisse, en République Tchèque, en Italie, et même en Amérique du Sud ! Vous aimez être sur les routes ? Est-ce que voyager vous inspire pour écrire vos textes ?

On aime être sur la route. Voyager pour jouer est vraiment gratifiant et on en tire des souvenirs incroyables. On rencontre des copains de passage et des vrais amis. On aime la route. Sans mentir, des Marseille-Strasbourg ou Berlin-Colmar le dimanche, ça fait chier, c’est long et tu es lessivé après. Mais c’est le prix à payer pour voir du pays. Je ne sais pas si le voyage en lui-même nous inspire. Mais rencontrer d’autres punks d’autres pays, d’autres groupes, vivre la musique dans cet état d’esprit sincère, ça nourrit notre espoir et notre envie. Et donc forcément, ça doit transparaître quelque part dans nos textes. Mais je n’ai jamais écrit une ode à la Corrèze par exemple !
La tournée en Amérique du Sud fût probablement une des plus riches humainement, car on vit vraiment une autre culture. La vieille Europe a une certaine homogénéité, même si la Slovaquie n’a pas l’histoire de la France. J’ai hâte qu’on y retourne.

Concernant votre actualité musicale, qu’allez-vous faire dans les prochains mois ? Une nouvelle tournée ? Un album en préparation ?

On vient de sortir un EP cinq titres cette année, qui s’appelle « Unlearn ». Grâce à cette sortie, on jouera prochainement en France (à Metz, Angers, Vannes, Paris, Bourg-en-Bresse, Marseille, Belfort et encore d’autres dates à venir). Je pense qu’on voyagera en Europe d’ici la fin de l’année.
En parallèle, on prépare un nouvel album d’une dizaine de titres qu’on achève tranquillement. On est contents, parce qu’on a retrouvé le goût de composer. Ce n’est pas qu’on l’a perdu entre « Craving For Change » (2012) et la sortie de « Unlearn » (2016), mais on a eu besoin de temps pour digérer toutes nos nouvelles influences et en faire quelque chose de cohérent. Du coup, maintenant que cet effort est fait et qu’il s’ est concrétisé à travers notre dernier EP, on est motivés comme jamais à écrire de nouveau et à sortir ces nouveaux morceaux.

The Boring : tout sauf ennuyeux, surtout en live !

Pour plus d’infos et de musique, c’est par ici :

Site officiel du groupe
Page Facebook
Page Bandcamp

Crédit photo : Laurent Khrâm Longvixay

Article : Déborah

Déborah Pfleger
deborah.pfleger95@gmail.com
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